« La Nouvelle Droite allemande » de Gilbert Casasus

« La Nouvelle Droite allemande » de Gilbert Casasus

Les éditions Desjonquères viennent de publier un ouvrage de Gilbert Casasus intitulé La Nouvelle Droite allemande. L’auteur, docteur en sciences politiques et spécialiste de l’Allemagne contemporaine, nous sert une étude poussive, convenue et bien dans l’air du temps sur ce phénomène politico-culturel complexe. Il entretient tout au long de l’ouvrage la confusion entre extrême-droite et Nouvelle Droite en consacrant par exemple une quinzaine de pages de l’ouvrage (qui en compte à peine cent quatre-vingt) aux groupuscules néo-nazis ou skinhead ainsi qu’aux crimes imputables à ces groupes.

Sa définition de la nouvelle droite brille par son sens de la nuance. Ainsi la nouvelle droite allemande doit être considérée « comme un mouvement politique et intellectuel, philosophiquement imprégné par une pensée autoritaire, hégémonique et ethnopluraliste issue notamment, mais non exclusivement, de la “révolution conservatrice” de Weimar, et qui, conscient d’une perméabilité même partielle, mais réciproque de leur corps doctrinal, sert de passeur entre l’extrême-droite et la droite conservatrice ; (…) elle a pour but principal d’établir un modèle de société nationaliste, xénophobe, anti-européen et fondamentalement opposé à toute forme de démocratie représentative ».

L’auteur s’est tout de même essayé à définir des courants ou des catégories au sein de cette mouvance. On en trouve cinq, selon lui, auxquelles il est possible d’appartenir simultanément :

1. Les intellectuels nationalistes et réactionnaires traditionnels : Willms, Kondylis, Mohler, Nolte et la revue Critikon.

2. Les héritiers de la « révolution conservatrice » : Mohler mais aussi à des titres divers Schwilk, Sander, Weissmann et les revues Wir selbst, Etappe, Staatsbriefe.

3. Les égarés de 1968 dont le point commun est un anti-capitalisme radical ; ce sont les héritiers de Niekisch : Mahler, Oberlercher ou Mechtersheimer (cf. Éléments n°86).

4. La génération de 89, ceux qui veulent reconstruire « une nation consciente d’elle-même » et qui sont favorables à une refonte de la famille conservatrice, ceux aussi qui sont les plus sensibles aux idées d’Alain de Benoist et de la Nouvelle Droite française : Dieter Stein et l’hebdomadaire Junge Freiheit.

5. Les responsables et les stratèges politiques, ceux qui veulent s’inspirer du modèle autrichien, le FPÖ de Haïder : von Stahl, Zitelmann.

La thèse développée par l’auteur est que, si, pour l’heure, la Nouvelle Droite a échoué dans ses diverses tentatives de percées politiques (et même de structuration), ses idées (et n’est-ce pas l’essentiel ?) ont, en revanche, remporté des succès certains. Ainsi dispose-t-elle d’un réservoir d’influence réel dans les milieux étudiants et a-t-elle imprimé sa marque sur un certain nombre de débats qui ont agité nos voisins d’outre-Rhin ces dernières années (débats sur le totalitarisme, la double nationalité, la politique étrangère, la Mitteleuropa,…). À méditer donc…

Malgré le parti pris de l’auteur, ce livre permet au lecteur français de disposer d’un panorama idéologique assez complet de la Nouvelle Droite allemande au cours de la décennie écoulée. Sa lecture peut être utilement complétée par celle du dossier paru sur le sujet dans la revue Éléments (n°86, « La société folle »).

Le Lien n°8, 2001.