Notes sur un article du « Bulletin Charles Maurras »

Notes sur un article du « Bulletin Charles Maurras »

Le Bulletin Charles Maurras (16, rue du Berry, 36250 Niherne), édité par l’association Anthinéa, consacre son numéro d’avril 2001 à une enquête sur Charles Maurras. Parmi la brochette d’auteurs interrogés, on trouve notamment François Huguenin, Jean Madiran, Thomas Molnar, Pierre Pujo, Remi Soulié, Guillaume de Tanoüarn mais aussi Luc Saint-Étienne, Éric Werner et Alain de Benoist. Ce dernier, en répondant au questionnaire qui lui a été soumis, a trouvé l’occasion de dresser un bilan critique des idées du maître à penser de l’Action Française. Idéalisation de l’Ancien Régime, incompréhension du romantisme, germanophobie systématique, déconnection de la réalité et enfermement sur des « positions inamovibles, presque anhistoriques ». Les faiblesses et les inconséquences de la pensée de Maurras sont ainsi passées en revue et analysées. « On est frappé, écrit Alain de Benoist, de l’extraordinaire quantité de phénomènes dont Maurras a été le témoin, mais sur lesquels il est resté muet (ou aveugle). Alors qu’il a passé un temps extraordinaire à commenter au jour le jour la politique politicienne, Maurras a été incapable d’analyser le mouvement de la modernité, d’étudier la montée de la bourgeoisie, d’énoncer la moindre considération théorique sur la philosophie du droit, le paradigme de l’échange, l’essor de la technique, les conditions du changement social. Il n’y a pas non plus dans son œuvre d’analyse du fordisme, du taylorisme, de l’américanisme. (…) Rarement un théoricien politique aura été aussi peu analyste des doctrines et des tendances profondes de son temps. Parmi les grands auteurs, Maurras ne s’intéresse guère qu’au domaine littéraire. Dans le domaine politico-idéologique, son univers reste essentiellement celui du XIXe siècle. (…) Maurras réagit en écrivain, en artiste, en poète. (…) C’est peut-être ce qui explique qu’il n’y ait jamais eu chez lui de véritable profondeur conceptuelle, tandis qu’il exerça une séduction durable sur des hommes que des écrits purement théoriques auraient ennuyés ».

Mais Alain de Benoist tempère, bien évidemment, son jugement en rappelant qu’il faut périodiser l’œuvre de Maurras. L’âge d’or du maurrassisme « a correspondu à cette période où le jeune Maurras, fédéraliste et antichrétien, rêvait d’« helléniser le monde » et se disait persuadé qu’« un socialisme, libéré de l’élément démocratique et cosmopolite, peut aller au nationalisme comme un gant bien fait à une belle main ». Alain de Benoist conclut son propos en appelant de ses vœux une reprise des études maurrassiennes dans l’esprit de ce qu’avait entrepris Victor Nguyen (auteur du livre Les origines de l’Action française) et en faisant part de son admiration « pour ce vieux lutteur qui a consacré toute sa vie à ses idées, et qui a su les servir avec autant de courage, de passion et de désintéressement ».

2001.