Éléments n°148 : La France malade de sa médecine

Éléments n°148 : La France malade de sa médecine

Dans l’Antiquité, la maladie était considérée comme le résultat d’un déséquilibre de l’harmonie présidant aux combinaisons formelles de la nature. Aujourd’hui, l’être humain devient un assemblage de pièces détachées et d’organes à réparer qu’on surveille et qu’on change en attendant de pouvoir les modifier. La médecine pratique en quelque sorte l’autopsie des corps vivants, des vivants transformés en matériau biologique recyclable dans une structure d’échanges commerciaux infinis.
La marchandisation de la santé va de pair avec la médicalisation de l’existence, qui fait de la santé une sorte de nouvelle religion laïque, où le corps s’est définitivement substitué à l’âme dans le droit fil de la « biopolitique » dont parlait Michel Foucault. Cette idéologie médicale, d’origine américaine, relève d’un hygiénisme dogmatique qui, exploitant l’hypocondrie des individus, se traduit par une surveillance toujours plus grande des styles de vie, en conciliant puritanisme moral et homogénéisation conformiste des conduites avec l’acceptation de dispositifs
politico-économiques nocifs.
Elle prescrit socialement des conduites normalisées, cherchant ainsi à domestiquer tous les modes de vie, toutes les façons d’être, qui se dérobent aux impératifs de surveillance, de transparence et de rationalité. Les grandes croisades contre l’alcool, le sexe ou le tabac, ou encore la vitesse au volant, qui s’appuient sur les textes sacrés de l’expertise sanitaire, font partie de cette biopolitique qui répond au « droit au bonheur » en cherchant à normer les conduites, tout en continuant de les inscrire dans une logique de consommation et de publicité pour le seul profit du marché.

Au sommaire
Dossier
• La médicalisation, du berceau à la tombe, par Jean-François Gautier
• Un enseignement sous influence, par Jean-François Gautier
• Représentant de laboratoire pharmaceutique, par François Delussis
• Un cinéma muet sur l’extrême médicalisation, par Ludovic Maubreuil
• Léon Daudet contre les doctrinaires du scalpel, par Olivier François
Et aussi…
• David Engels : « L’Europe ne peut échapper à son destin impérial »
• « Confessions d’un dragueur », par Ludovic Maubreuil
• « Alarme citoyens ! », par Laurent Schang
• Mort d’un samouraï, par François Bousquet
• L’éthique comme un sacerdoce, par Michel d’Urance
• Dominique Venner, par Alain de Benoist
• Une fable, par Jacques Vergès
• Cornelius Castoriadis, le « germe grec », par Jean-Louis Prat
• Edouard Berth, le syndicaliste révolutionnaire, par David L’épée
• Guerres justes au service de la «paix perpétuelle», par Félix Morès
• Là où bat le cœur celte des Appalaches, par Pierric Guittaut