Le terrorisme intellectuel

Le terrorisme intellectuel

Tel biologiste américain qui n’a pas découvert l’égalité dans son microscope, n’a plus le droit de donner ses cours. Tel psychologue anglais qui a entrepris l’étude psychométrique des différences raciales, se fait rouer de coups. Tel écrivain russe qui refuse de voir sa plume tenue par le KGB, se retrouve interné dans un asile psychiatrique. Tel sculpteur allemand qui n’a pas eu la bonne idée de s’abstenir de travailler quand il l’aurait fallu, est exilé dans son propre pays, après que ses œuvres ont été mutilées ou détruites. Tel essayiste français qui propose à l’Occident une éthique nouvelle, est couvert d’injures par une critique qui, la veille, se flattait d’être « objective ». Tel autre écrivain qui, dans un roman, imagine l’invasion de l’Europe par le Tiers-monde, voit son livre boycotté. Tel éthologue autrichien, prix Nobel, doit faire amende honorable pour avoir écrit, il y a trente ans, à l’époque où ses adversaires d’aujourd’hui se déclaraient fièrement « staliniens », trois douzaines de lignes où la conscience universelle trouve à redire. Voilà le terrorisme intellectuel.

Il fut un temps où les polémiques avaient de la qualité. On échangeait des arguments. Aujourd’hui, on reçoit des coups. La chasse aux sorcières est pratique : elle garantit la bonne conscience.

Il y a pire que les détournements d’avions : les détournements d’intentions, avec chantage à la « bombe » eux aussi.

L’hypocrisie se conjugue au délire. Les nostalgiques de l’Inquisition s’indignent de la montée du « totalitarisme », tandis que les héritiers de la Tchéka dénoncent la « répression ». Les uns proclament : « Pas de charité pour les ennemis de la charité ! ». Les autres : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! ».

Mais voici plus grave : le camp marxiste, avec ses sectes, ses mille divisions, ses hérésies, ses empoignades conserve le sens de l’adversaire. Quand il entend parler de répression, il se déclare solidaire. Le camp non-marxiste n’a pas de ces réflexes. Il entend choisir ses « martyrs ».

À la limite, certains verraient sans déplaisir éliminer des « concurrents ». C’est aussi une forme de terrorisme intellectuel : par la complicité, tout au moins.

Hostile au marxisme et à toutes les formes de gauchisme ou de subversion, l’association GRECE se situe dans un camp qui refuse les idéologies à la mode, épiphénomènes du déclin. À l’intérieur de ce camp, elle occupe une place originale : c’est ce qui fait sa raison d’être. Mais en même temps qu’elle défend les principes auxquelles elle est attachée, qu’elle expose les solutions qui lui paraissent convenir aux problèmes actuels, elle situe son action au-dessus des questions de personnes et des querelles de clans.

Dans la conjoncture incertaine que nous vivons, la diversité doit être la règle. Il y a, parmi ceux que la subversion rebute, des hommes et des femmes dont les options idéologiques, philosophiques ou confessionnelles, ne sont pas nécessairement les mêmes. Des alternatives variées doivent leur être offertes, faute de les voir, de guerre lasse, passer à l’adversaire.

Dans sa Sociologie de la Révolution (Fayard, 1969), Jules Monnerot à écrit : « La possibilité d’une guerre de civilisation est apparue en France en mai 1968, et elle n’a pas disparu ». Une telle guerre est une guerre de positions. Un maillon saute le front s’effondre.

Robert de Herte, Éléments n°3, 1974.