Gérard Blain notre ami, notre camarade…

Gérard Blain notre ami, notre camarade…

La quantité et souvent, aussi, la qualité des articles que sa disparition, le 17 décembre dernier, a suscités dans toute la presse française, a démontré à quel point Gérard Blain dominait le cinéma français par sa personnalité et par son talent. Dans l’avant-dernier numéro d’Éléments (mai 2000), Ludovic Maubreuil avait souligné l’extrême importance d’Ainsi soit-il, son dernier film, « nu comme une épée ». L’expression peut s’appliquer à l’ensemble d’une œuvre qui, depuis Les amis (1970), est caractérisée par une exigence éthique soutenue par une véritable obsession de rigueur esthétique. Moralement intransigeant, nostalgique des valeurs disparues, Gérard Blain était en état de révolte permanente contre son temps. Il ne l’envoyait d’ailleurs pas dire, et le moins que l’on puisse dire est que tant ses films que les coups de gueule tonitruants dont il avait le secret étaient à cet égard démonstratifs ! Appartenait-il à cette famille des « anarchistes de droite » dont François Richard a si subtilement cerné les contours ? Sans doute. Toujours est-il que la presse, du Monde à Télérama, n’a pas manqué de rappeler, de façon du reste plutôt objective, que Gérard Blain avait la particularité d’entretenir les meilleures relations à la fois avec Jean-Pierre Chevènement (qui assista à ses obsèques) et avec la Nouvelle Droite, insistant sur ma collaboration aux scénarios de Pierre et Djemilla (1987) et d’Ainsi soit-il – ces deux films (surtout le premier) ayant entraîné de ce fait des polémiques mémorables.

Disons-le carrément : Gérard Blain a épousé avec sa fougue indomptable la plupart des campagnes de la Nouvelle Droite, n’hésitant pas, dès 1979, à signer un article dans Éléments (n°31, août 1979) : cet article était significativement intitulé « Histoire d’une rébellion ». Il y présentait un film qu’il devait peu après réaliser, Le Rebelle (1980) justement. Je n’en étais pas le co-scénariste, mais le lecteur sera sûrement intéressé d’apprendre, au cas où il l’ignorerait, que l’un des principaux acteurs en était le chancelier du GRECE, Maurice Rollet, par ailleurs auteur de la belle chanson qui accompagne le générique du film. Parmi les projets que nous avions caressés, il en est un dont l’abandon m’a particulièrement chagriné : c’était un Don Quichotte moderne. Ce sujet qui lui allait comme un gant nous avait été suggéré par un autre rebelle dont l’amitié lui était chère : Jean Cau.

Michel Marmin, Éléments n°100, 2001.