William Hamilton

William Hamilton

William Hamilton, l’un des plus éminents théoriciens de l’évolution, est mort voici quelques semaines des suites de la malaria. Il avait contracté cette maladie lors d’une recherche menée au Congo sur les origines du virus du sida. La célébrité de William Hamilton est née d’un article publié en 1964 dans le Journal of Theoretical Biology et intitulé « The General Theory of Social Behavior ». Le jeune chercheur y apportait une solution aussi simple que lumineuse à un vieux problème de la théorie de l’évolution : comment expliquer le maintien dans les sociétés animales de comportements altruistes allant jusqu’au sacrifice de soi alors que de tels comportements, contresélectifs pour leurs agents, auraient dû être peu à peu éliminés au cours de l’évolution ? L’explication, selon Hamilton, réside dans « l’aptitude darwinienne globale » (inclusive fitness) des gènes et dans la notion de « sélection de parentèle » (kin selection) : dans chaque espèce, les individus privilégient les comportements de coopération avec leurs parents génétiques les plus proches car en se dévouant ainsi, ils favorisent la propagation de leurs propres gènes. Une loi intuitivement simple, que le sociobiologiste Edward Wilson illustrait par une image : « On peut donner sa vie pour son frère, mais à son cousin au troisième degré, on a plutôt tendance à ne donner qu’un conseil ».

Cette règle connue sous le nom de « loi de Hamilton », est formalisée mathématiquement par l’équation suivante : B[r1] > C[r2], où B indique les bénéfices du comportement altruiste, C leur coût, r1 la corrélation génétique entre l’altruiste et le bénéficiaire de son comportement, r2 la corrélation génétique entre l’altruiste et sa propre descendance directe actuelle (r1 et r2 sont donc des variables statistiques mesurant la probabilité de la présence chez deux individus d’un allèle identique provenant d’une ascendance commune). La loi de Hamilton a donné naissance à de nombreuses recherches théoriques et empiriques, dont la plupart ont démontré sa validité. Elle a notamment inspiré les travaux sur l’altruisme réciproque (R. L. Trivers, 1971), sur la sociobiologie humaine (E. Wilson, 1975) et sur le gène égoïste (R. Dawkins, 1976).

Les publications de Hamilton, quoique peu nombreuses, ont pour la plupart marqué le champ de la biologie évolutionnaire. Elles se caractérisent toutes par leur densité exceptionnelle, fruit d’une combinaison assez rare de formalisations théoriques très poussées et d’une remarquable connaissance de l’histoire naturelle. Outre la compréhension de l’altruisme, Hamilton a travaillé sur l’évolution de la sénescence et sur le rôle des parasites dans le maintien de la reproduction sexuelle.

William Hamilton a été lecteur à l’Imperial College de Londres (1964-1977), professeur à l’Université du Michigan (1978-1984), puis professeur associé à la Royal Society Research de l’Université d’Oxford (1985-1999). Il a notamment reçu la Médaille Darwin, le Prix Kyoto et le Prix Crafoord.

Charles Champetier, 2000