Les Français et l’eugénisme

Les Français et l’eugénisme

Le magazine Euréka vient de publier dans son numéro de mars l’un des premiers sondages jamais réalisés sur la médecine prédictive (tests génétiques opérés sur l’embryon afin de connaître les défauts et les qualités de l’enfant à naître).

À la question « Pensez-vous qu’il faut recourir à ces examens pour détecter ces maladies et ainsi éviter que des enfants naissent avec des maladies génétiques graves ? », 93 % de Français répondent « oui » et 5 % seulement « non ». À la question « Pensez-vous qu’il faut recourir à ces examens pour améliorer les caractéristiques de l’enfant à naître ? », 53 % des Français répondent « oui » et 45 % « non ».

Les rédacteurs d’Euréka eux-mêmes sont effarés : « Nous ne nous attendions pas à ce que l’“enfant parfait” rencontre un tel “succès” ». De fait, les résultats du sondage montrent que les Français sont presque unanimes pour approuver l’eugénisme négatif (suppression des embryons atteints de tares incurables) et majoritaires pour soutenir l’eugénisme positif (amélioration des qualités de l’individu).

Le sondage d’Euréka délivre quatre enseignements clairs :
Sur la médecine prédictive comme sur la plupart des grands sujets de société, le fossé ne cesse de se creuser entre les convictions exprimées par le peuple et celles affichées par ses représentants politico-médiatiques ;
Les discours moralisateurs sur la « dignité individuelle » et l’« intégrité du génome » relèvent d’une rhétorique humaniste en pleine décomposition, qui ne doit sa survie qu’au matraquage médiatique. Le peuple, n’ayant que faire des admonestations papales ou des pleurnicheries kantiennes, choisit massivement de privilégier la qualité de l’enfant à naître, condition de sa dignité ;
La révision des lois dites « de bio-éthique » – sans cesse retardée – est indispensable pour permettre à la recherche française d’effectuer de nouveaux travaux sur les cellules souches et de répondre ainsi à une demande sociale de plus en plus pressante ;
Face à l’opacité des discussions en comités d’éthiques et à l’inertie des parlementaires, il faut désormais exiger un grand débat public permettant à tous les citoyens de s’exprimer sur les sujets qui les concernent directement, comme le droit à la santé et à la qualité de vie, la démocratisation des diagnostics pré-implantatoires ou pré-nataux, la généralisation du conseil génétique.

Charles Champetier, 2000