La vérité pour la mémoire

La vérité pour la mémoire

Un an après, quel est le bilan de l’agression américano-occidentale au Kosovo ?

A. Le génocide-bidon
À ce jour, selon le dernier décompte en date du TPIY de La Haye, 2108 corps ont été exhumés des « charniers présumés », et tous ces corps ne sont pas ceux d’Albanais, loin s’en faut. Entre mars et juin 1999, l’OTAN et les médias ont donc inventé une purification ethnique de grande ampleur, un génocide-bidon alimenté par des rumeurs invérifiables : les émissaires de Washington – relayés au conditionnel par des médias français (dont la spécialité bien connue est la collaboration) – avançaient couramment « entre 100 000 et 500 000 morts ». Le chiffre de 2000 victimes avérées (et 11 344 [sic] présumées) correspond pour l’essentiel au bilan d’affrontements entre forces serbes et troupes de l’UCK durant les bombardements de l’OTAN – affrontements qui avaient déjà fait 2000 victimes durant les deux années précédentes. La vérité est que ce bilan est miraculeusement faible si l’on prend en compte les circonstances exceptionnelles créées par les bombardements.

B. La déportation-bidon
Le chiffre magique de 900 000 « déplacés » kosovars au cours du conflit n’a jamais été contrôlé et il est désormais incontrôlable. Une chose est sûre : on estime désormais officiellement à 25 000 le nombre de réfugiés Albanais et Serbes à l’extérieur de la RFY. On peut croire que les 875 000 autres Albanais « déportés » au printemps 1999 sont rentrés sans encombre passer l’hiver dans des maisons que l’on disait presque toutes incendiées. Mais il est évidemment plus crédible de penser que l’exode kosovar n’a jamais atteint les dimensions alarmantes martelées par la propagande de l’OTAN. Quoiqu’il en soit, la charge de la preuve revient aux fabricants de rumeurs : ils ne l’ont jamais fourni à ce jour.

C. La paix-bidon
Comme dans la Krajina quatre ans plus tôt, le peuple serbe est la première victime de ce conflit : outre les victimes civiles des bombardements occidentaux – officiellement estimées à 500 personnes –, 250 000 Serbes ont dû fuir le Kosovo sous la menace des représailles albanaises. Depuis juin 1999, 500 meurtres et plus de 1500 incendies volontaires ont été perpétrés au Kosovo : les victimes étaient presque toujours Serbes ou Tziganes. L’idéal du Kosovo multi-ethnique fut une vue de l’esprit fabriquée par les publicitaires de l’OTAN et reprise en chœur par une poignée d’intellectuels germanopratins, dont la conscience malheureuse a depuis glissé du génocide albanais au génocide tchétchène (sans passer par la case timoraise). Quant au gauleiter Bernard Kouchner, il réclame à cor et à cris des flics à Chevènement et au monde entier : « Matons sans frontières », ou la colonisation à visage humanitaire.

D. La guerre-bidon
Pas plus qu’en Irak – où le nombre de victimes civiles du blocus anglo-américain dépasse le million de morts –, la ratonnade occidentale ne visait à déstabiliser un dictateur (toujours au pouvoir) ni à protéger une minorité. Milosevic et les Kosovars furent les pions d’un grand jeu qui les dépassait. Ces opérations policières manifestent avant tout la consolidation globalitaire d’une civilisation occidentale à direction américaine, qui utilise l’intimidation systématique afin de contrôler son limes et de transformer ses surplus financiers en investissements militaires. Pour qui regarde l’histoire avec un peu plus de hauteur qu’un journaliste du Monde ou un président de la République française, il va de soi que les bombes à uranium et à fragmentation qui éclataient voici un an sur Belgrade portaient avant tout leur message aux dirigeants moscovites. En France comme ailleurs, les bons Européens doivent dès maintenant diffuser le seul mot d’ordre qui vaille face aux visées dislocatrices du gouvernement des États-Unis et de ses collabos du Vieux Continent : unité continentale contre la barbarie occidentale !

E. Les médias-bidon
Au regard de ce qui précède, on comprend que les médias et intellectuels français soufflent en toute discrétion la première bougie d’anniversaire de leur expédition punitive. Dans la situation d’exception que fut la guerre, journaux, radios et télévisions français ont massivement intégré le complexe militaro-médiatique de l’Occident. Leur seule tâche fut de légitimer le lynchage par l’image, le meurtre par les mots. Quant aux intellectuels, c’est peu dire qu’ils ont, à cette occasion encore, abdiqué tout esprit critique. Les camarades Julliard, Glucksmann, Lévy, Garapon, Mongin, July, Colombani, Val and Co ont souvent conservé de leurs premières amours le goût de l’excommunication, mais visiblement pas celui de l’autocritique. L’histoire démontre qu’ils se sont trompés, mais cela leur tordrait la gueule que de le reconnaître : sans doute faudra-t-il attendre quelques décennies encore – le temps que le bilan du libéralisme dépasse en horreur celui du communisme – pour voir s’écarter un peu leurs œillères. Terminons donc ce noir tableau par quelques hommages. Hommage au Collectif Non à la Guerre, à ses 600 intellectuels et artistes, à ses 80 000 citoyens censurés. Hommage à Régis Debray, qui n’a rien vu car il n’y avait rien à voir et qui a tenté une dernière fois d’opposer le réel au virtuel. Honneur à Marianne, au Monde Diplomatique, à la Grosse Bertha, à l’Humanité, à tous ceux qui, avec plus ou moins de courage, ont su dire non. Hommage au peuple serbe, dont le sang a de nouveau rougi les pivoines du Champ des Merles, mais dont la résistance héroïque a semé les graines de l’avenir.

Charles Champetier, 2000