Le cas Haider

Le cas Haider

Le FPÖ de Jorg Haider – avec lequel le GRECE tient à préciser qu’il ne partage quasiment aucune conviction – a recueilli 32 % des voix lors des récentes élections générales en Autriche, s’imposant ainsi comme la deuxième force politique de ce pays. À en juger par son programme, ses candidats et les déclarations de la majorité de ses dirigeants, ce parti n’est ni nazi, ni raciste ni fasciste. Quant à son chef charismatique, il doit une large part de son succès à l’idolâtrie des médias, qui entretiennent avec lui un rapport de fascination-répulsion auquel le lepénisme ne nous a hélas que trop habitués.

La démocratie se définit comme le régime où la légitimité du pouvoir procède du peuple et de lui seul. Refuser les choix du peuple autrichien, exercer sur lui – à travers son gouvernement présent ou à venir – une pression diplomatique, politique, morale, financière ou économique est une attitude clairement antidémocratique. Sous son déguisement humanitaire, le « devoir d’ingérence » désigne comme toujours le droit que s’arrogent les plus forts à faire plier les plus faibles. Au nom de la défense des minorités, l’Union Européenne persécute ainsi sa minorité autrichienne : une attitude à ce point hypocrite, adoptée par la Nouvelle Classe dominante sur le mode de l’évidence partagée, donne la nausée. Arrogants devant les faibles, soumis face aux puissants : telle semble être la devise de ces politiciens de tous bords qui se félicitent aujourd’hui de leur fermeté à l’égard de Vienne tout en imaginant qu’elle fera oublier leur lâcheté permanente envers Washington.

L’attitude de l’Union Européenne rend par ailleurs incompréhensible et irrecevable la récente inclusion de la Turquie dans le cercle des futurs candidats à l’adhésion à l’UE. De l’avis de tous les observateurs indépendants et des ONG humanitaires, ce pays bafoue en effet – et de longue date – les droits de l’homme, les libertés fondamentales et les droits des minorités. On n’a pas souvenir que le sang et les cris de douleur des Kurdes, des Chypriotes, des Arméniens et des opposants politiques turcs aient soulevé une indignation proportionnelle à celle que suscitent les seules intentions présumées de M. Haider.

Le GRECE rappelle enfin son attachement à la construction européenne sous sa forme fédérale. Mais le seul fédéralisme authentique et durable est celui qui accorde la plus grande autonomie – c’est-à-dire le plus grand nombre de libertés politiques – à chacune de ses unités fédérées. Le « précédent Haider » indique que les actuels responsables de l’Union Européenne entendent prendre le chemin exactement inverse : celui d’un État autoritaire et centralisateur, qui compense son impuissance face au libéralisme mondialisé par le matraquage de son moralisme crispé. Le temps approche où les bons Européens devront reprendre en main le destin de leur civilisation.

Charles Champetier, 2000